10 choses que j’ai apprises sur le plan professionnel

Dans quelques mois, nous quitterons notre village pour la ville, nous quitterons notre belle et grande maison pour un appartement, mes enfants quitteront leur école et leurs amis, et moi, je quitterai mon emploi sécurisant pour je-ne-sais-quoi. En fait, mon départ est déjà annoncé à mon employeur et à mes collègues, il aura lieu à la fin de l’année scolaire. Je ne reprendrai pas la classe en septembre, je ferai autre chose, pour un temps du moins.

C’est donc l’heure des bilans.

Voici mon bilan professionnel des 10 dernières années, où j’ai travaillé pour une seule commission scolaire, mais exercé diverses fonctions: enseignante/suppléante au primaire, animatrice de groupes de parents du préscolaire, agente de développement de programmes, rédactrice d’examens, conseillère pédagogique, enseignante à l’éducation des adultes en français, espagnol, anglais, et français langue seconde pour les immigrants, animatrice de loisirs en résidence de personnes âgées. Name it, I’ve done it! Il y a eu des hauts et des bas, des espoirs et des déceptions, la longue attente pour un emploi rêvé, pour finalement rendre les armes, au bord de l’épuisement.

Voici donc 10 choses que j’ai apprises en 10 ans, en espérant que ce partage pourra alimenter votre propre réflexion:

1- Il n’y a pas de job parfaite. 

Chaque emploi que j’ai exercé comporte ses hauts et ses bas. Il y aura toujours des tâches qu’on aime moins, un collègue qui nous fait souffrir (0u un élève, ou un client, dépendamment de ce qu’on fait), ou des irritants comme l’horaire de travail ou l’aménagement des lieux qui ne correspond pas à notre feng-shui personnel. La job parfaite est celle où, malgré tout, on est content de se rendre chaque matin, où on sent qu’on a une utilité et qu’on est apprécié.

2- Si jamais tu penses que tu as enfin trouvé ton emploi de rêve… profites-en! 

Et surtout, ne t’accroche pas trop. Un an plus tard, les choses auront changé: nouveaux collègues, nouvelle direction, baisse de clientèle et heures coupées… Les gens défilent, tout évolue, et cet emploi parfait que tu possèdes un jour sera forcément appelé à changer. Je l’ai appris à la dure… en 2009, j’ai occupé cet emploi de rêve. Chaque matin, je me pinçais en me rendant au travail, certaine que les 10 années précédentes n’avaient servi qu’à m’amener là, enfin! Quelques mois plus tard, j’étais transférée. Pendant les années qui ont suivi, j’ai patiemment occupé d’autres emplois, dans l’espoir de retourner un jour à mon emploi de rêve. Bien vous savez quoi, cette école est en train de fermer! Ce qui m’amène à mon constat suivant…

3- L’attente n’est pas une bonne stratégie professionnelle.

Après 67 mois d’attente, j’ai réalisé combien de temps j’avais perdu à espérer un emploi qui ne reviendrait jamais. 67 mois, vous vous rendez compte! Ça m’est apparu en pleine face après 5 ans et demie, qu’au lieu de faire ce qui me rendait heureuse, je faisais ce qu’il fallait pour arriver à obtenir un jour un poste d’enseignante de français à l’éducation de adultes. Je me suis dit que certains de mes collègues prendraient leur retraite, et qu’un jour ou  l’autre, ça serait mon tour, puisque dans le système dans lequel j’évolue, c’est l’ancienneté qui prime. Je n’avais pas prévu la baisse de clientèle, les écoles qui ferment, les emplois qui se raréfient. Quel gâchis, quel temps perdu, à occuper des emplois « en attendant ». J’aurais dû écouter mon cœur depuis le début, et tenter de trouver l’emploi qui aurait pu me rendre heureuse maintenant. Je crois sincèrement que c’est la leçon la plus importante que j’ai apprise au cours de mon passage ici.

4-Personne n’est irremplaçable.

Il est bon de se le rappeler, parfois, quand on pense qu’on est obligé de faire un travail parce qu’on est seul à pouvoir le faire… On a tendance à se dire Mon Dieu, qu’est-ce qu’ils vont faire sans moi? Non seulement nous sommes tous remplaçables, mais possiblement par meilleur que soi. Leçon de vie avec expérience à l’appui. Un peu difficile sur l’égo, mais enlevons-nous un peu de poids de sur les épaules!

5- Être un leader naturel ne veut pas dire qu’on va aimer avoir un rôle de leadership.

J’ai toujours eu du leadership au sein de mes groupes de travail. Même dans la jeune vingtaine, on apprenait à me connaitre, et rapidement, on me faisait confiance et on me « donnait de la place ». Je me suis toujours identifiée à cette caractéristique, et c’est une des raisons pour lesquelles je suis allée en enseignement. Mais là où j’ai trouvé ça plus difficile, c’est d’occuper un poste de conseillère pédagogique, et d’avoir constamment le leadership officiel du groupe d’enseignants: préparer les rencontres, les animer, motiver les troupes. Finalement, c’est devenu un fardeau plus qu’un plaisir. J’ai appris qu’à choisir, je préfère laisser le leadership officiel à d’autres et exercer le mien en tant que simple membre de la brigade.

6- C’est difficile de résister à « monter » quand on a les capacités.

Quand on est une personne efficace et compétente, on se fait naturellement donner plus de responsabilités. C’est si facile de dire oui: notre égo aime être ainsi reconnu, et parfois même le salaire augmente. Mais on ne devrait pas accepter de nouvelles responsabilités pour ces raisons. Les seules bonnes raisons devraient être parce que la nature des tâches nous intéresse et nous rend heureux, ou que ces nouvelles responsabilités correspondent à ce que nous souhaitons vraiment accomplir. Qui plus est, il est ensuite difficile de « redescendre », ce qui veut dire abandonner nos nouvelles responsabilités, et passer pour une lâcheuse.

7- Si tu n’arrives pas à te faire de véritables amis au travail, quitte cet emploi!

Quand tu ne connectes pas vraiment avec les gens que tu côtoies pendant la majorité de ton temps éveillé, quand ce monde-là c’est pas ton genre de monde, quand tu n’as pas d’atomes crochus, ça vaut la peine d’aller voir ailleurs. Plusieurs me diraient sans doute que j’ai des attentes démesurées, que se faire des amis au travail, ce n’est pas si important que ça. Mais si je refais le point de mes 27 années sur le marché de l’emploi, ce que je dis est pas mal vrai, pour moi en tous cas. Les emplois où j’ai été le plus heureuse sont ceux où je me suis fait de bons amis, des vrais, avec qui j’ai eu envie de prolonger la journée et d’aller prendre un verre une fois sortie du boulot. Et ceux où j’ai été le plus misérable sont ceux où je me sentais comme un extra-terrestre. Je l’ai vécu alors que j’étais encore étudiante, quand j’ai travaillé dans une boutique de porcelaine du Château Frontenac, avec des collègues dont la moyenne d’âge était au-dessus de 60 ans. Je l’ai vécu ici, dans certains de mes emplois. Et je le vis cette année, où, encore pire, je me promène d’école en école, et ne fais vraiment partie d’aucune équipe.  Ce qui m’amène au constat suivant…

8- Faire partie d’une équipe, c’est un must.

De nombreuses recherches le démontrent, l’un des facteurs les plus importants du bonheur au travail est la collaboration avec les autres et la saine ambiance de travail. Pour moi, c’est tout à fait vrai, et c’est même essentiel. Sans équipe, j’avance moins loin malgré mes bonnes idées, j’ai tendance à être plus négative, et je me sens seule!!! Oui, j’ai mes élèves, mais ces derniers ne peuvent remplacer les collègues, même si ce sont des élèves adultes et très gentils. On ne partage pas les mêmes défis, les mêmes objectifs, la même mission. Dans mon prochain travail, je veux avoir une belle équipe autour de moi!

9- Même en situation de précarité d’emploi, il faut faire respecter ses droits.

On a tendance à se dire, lorsqu’on n’a pas de sécurité d’emploi: si je me plains, ils ne me donneront plus de travail.  Il y a 8 ans, un directeur a refusé de m’engager car j’étais enceinte. Il me l’a dit clairement au téléphone, ajoutant que ça ne valait pas les efforts de me former pour que je parte ensuite en congé de maternité, et de le recontacter quand mon bébé entrerait à la garderie. Ce que j’ai fait, sachant que ce qu’il venait de me dire était de la discrimination tout à fait illégale au Canada. Mais je n’allais pas porter plainte et ensuite ne jamais me faire embaucher (ou du moins, ce que je croyais: Qui veut engager une trouble-fête?) Résultat: plusieurs personnes ont été engagées avant moi, et j’ai subi ensuite des années de précarité, à passer toujours derrière ces personnes. Je ne dis pas que j’aurais dû aller en cour, mais j’aurais pu trouver la façon de nommer l’acte de discrimination de façon respectueuse lors de cette conversation. Peut-être que je lui aurais fait réaliser son geste, à ce directeur, et que j’aurais finalement eu l’emploi. Je ne le saurai jamais, au lieu de ça, je lui en ai voulu pendant des années. J’ai hésité avant d’inclure ce point à mon article, parce que j’hésitais encore à dénoncer, même des années après. À partir d’aujourd’hui, je me tiendrai debout!

10- Plus tu gagnes cher, plus c’est difficile de quitter ton emploi.

Cette année, je viens d’atteindre le sommet de l’échelle des enseignants. Alors même en n’obtenant pas de contrat à temps plein, je gagne 3 fois plus qu’une personne au salaire minimum. Voici mon raisonnement typique à ce sujet: Tant qu’à me trouver un emploi qui paie trois fois moins, je vais travailler un tiers du temps pour le même prix, et avoir le reste de temps pour moi. Je me mens à moi-même quand je dis ça!  J’ai besoin de cet argent, car je dois entretenir ma voiture (400 km par semaine juste pour me rendre au travail), payer l’hypothèque, les rénovations de la maison, les assurances à n’en plus finir, les cours des enfants, le déneigement, les beaux vêtements, etc, etc, etc… la liste est looooongue. Mais malgré tout, je n’ai jamais d’argent pour ce qui m’intéresse vraiment: voyager, et prendre du temps pour moi. Alors à quoi bon? Vendre la maison, trouver un travail à distance de marche. Voici mes premières stratégies pour me libérer d’un emploi payant, mais où je ne suis plus heureuse. Ce salaire que je quitte, c’est le prix que je donne à ma liberté.

« Unless you are prepared to give up something valuable, you will never be able to truly change at all, because you’ll be forever in the control of things you can’t give up » -Andy Law.

 

Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à mon blogue! À venir: 10 raisons pour lesquelles je préfère la ville à la campagne 🙂

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5 commentaires sur « 10 choses que j’ai apprises sur le plan professionnel »

  1. Tout d’abord, merci pour ton blog! Il est plus que rafraichissant et je trouve ça vraiment cool de te lire car moi aussi j’ai décidé de quitter mon travail!

    Alors voilà, je suis tellement d’accord avec tout ça! 😉 De mon côté toutefois, le plus gros problème était simplement que la passion n’était plus là, j’ai eu la chance d’être passionné pendant 11ans+, après je me suis mis a essayer de retrouver ma passion en essayant plein de trucs différents, mais 4 ans plus tard, avec pleins de variations à mon travail, c’est maintenant rendu un travail et non une passion…

    Alors c’est fini pour moi! Quand tu as fait un travail passionnant pendant 11 ans+, le jour où ça n’est plus passionnant, tu veux retrouver un « travail » passionnant, car ça c’était le fun, ça c’était facile de se lever le matin, même si c’était loin d’être parfait! Car la beauté avec la passion c’est que les trucs moins parfaits sont tout à fait acceptable! 🙂

    Je devrais publier mon texte sur ma démission prochainement, si ça t’intéresse de voir ce que j’aurai à dire: http://blog.fernslife.com/ ou simplement voir ce que j’ai écris jusqu’à présent!

    Merci encore pour tes textes! C’est bien apprécié! 😀

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    1. Bonjour Fern! Merci pour tes commentaires, qui me font très plaisir! C’est vrai que les choses évoluent, que nos passions changent. J’ai bien hâte de lire ton article sur ta démission! En attendant, j’ai bien aimé ma visite sur ton blogue. Tout à fait d’accord avec toi pour le sourire 😀 À bientôt!

      Aimé par 1 personne

  2. L’égo c’est comme les « Dieux » un espèce de filtre malsain qui nous empêche de voir les choses telles qu’elles sont. Cet Égo nous fait même voir de la valeur la où, vraiment, finalement, il n’y en a pas!

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