Ma fille de 9 ans sur facebook


Je l’avoue, j’ai moi-même inscrit ma fille de 9 ans sur facebook en lui déclarant une fausse date de naissance. L’an dernier, elle s’était inscrite elle-même sans ma permission, et je l’avais forcée à modifier sa date pour la vraie. Trente minutes plus tard, elle était évincée du site. Je lui avais promis qu’elle pourrait s’inscrire comme sa cousine à la fin de sa 6e primaire, malgré ses pleurs et supplications et ses « touuuus mes amis sont sur facebook… » (ce qui est faux).

Mais voilà, un an plus tard, j’ai plié, face à un déménagement à l’âge où déjà les amis priment sur tout. Pour amenuiser sa peine, je lui ai dit qu’elle pourrait avoir son compte et garder contact avec eux. La création du compte était prévue au lendemain de mon retour de voyage en mai. Chose promise, chose due. J’ai créé le compte moi-même, choisi la photo de profil, ajusté les paramètres, et je me suis ajoutée comme première amie, l’esprit tranquille que je veillerais au grain.

Quelques minutes plus tard, elle avait déjà partagé 15 images de Zelf. Il a fallu que je lui explique qu’il fallait un peu se limiter dans les partages, parce que je serais vite tannée de voir des choses aussi insignifiantes sur mon fil d’actualité. Elle a bien compris et a donc occupé son temps à changer sa photo de profil pour une au look ado, avec rouge à lèvres et un petit air provocant. My god. Puis elle a fait des demandes d’amitiés.

À la fin de la journée, elle avait 15 amis.

Le lendemain, 29. Un mois plus tard, 47, dont 9 en commun avec moi et plusieurs que je ne connais pas.

Tel que prévu, au bout de 24 heures (et quelques fois par la suite), j’ai fait une inspection de son compte: fil d’actualités, conversations privées. Son fil d’actualité n’a rien à voir avec le mien. Aucun article intéressant, quelques vulgarités, quelques messages pacifiques. Des publications du type: « Si tu n’aimes pas, tu n’as pas de coeur » avec une photo de chien martyrisé… Que ma fille s’empresse chaque fois de « liker » et parfois même de commenter. D’autres publications qui demandent à choisir entre telle ou telle image, et enfin des trucs du genre: « De quoi auront l’air tes enfants plus tard? ». Quelle perte de temps, que je me dis, me rassurant sur ma propre addiction en constatant que mon fb est tellement plus valable! Dans la boite des dialogues, suite à ce premier 24 heures, l’une des conversations avec un garçon de sa classe avait pris un tournant que j’ai peu apprécié. Elle se plaignait de ses parents colériques, avec en prime un échange léger de sacres en français et en anglais. Je suis intervenue sur le champ, sans perdre mon calme. J’étais un peu triste et déçue de voir les propos échangés, en même temps que sous le choc de voir ma fille déjà si grande.

L’instant d’après, elle publiait son premier statut, avec l’émoticon « inquiète », avisant ses amis à coups de fautes d’orthographe que sa mère avait son code et que tout ce qu’ils lui écriraient serait lu, et que les personne trop vulgaires seraient retirés de sa liste. J’ai répondu avec humour que si elle continuait à faire tant de fautes, elle devrait le recopier 20 fois. Mais en gros, le message était passé.

Ma fille de 9 ans sur facebook? Après coup, j’ai un peu eu l’impression de l’avoir envoyée dans la jungle et j’ai vite regretté ma promesse, faite un soir de culpabilité. Aux parents qui résistent, je dis… continuez!

Notre déménagement et ma décision d’attendre à l’automne pour faire brancher l’internet tombent à point. Au bout d’une semaine sans wifi, la voilà déjà désintoxiquée.

Moi, j’ai mon téléphone et mon 3G…

Un grand saut dans le vide

imageIl y a 6 mois, je lançais discrètement ce blogue. J’avais enfin un projet de vie doublé d’un projet d’écriture. Vivre ailleurs en famille. Je me voyais dans un pays lointain, à raconter notre adaptation à tous, notre grande aventure. Je me retrouve aujourd’hui avec un nom de blogue dont je ne sais que faire. Oui, je suis ailleurs, dans ma vie. Et oui en famille, mais pas la famille dont je parlais au début. Mon mari n’a pas voulu abandonner son entreprise de construction de chaloupes, et j’ai accueilli ça sans problème, mais il a quitté le bateau de notre projet de partir vivre en ville, qui au bout du compte n’avait rien d’un projet commun. Il va rester dans la région, et déjà nous avons commencé la valse des enfants qui se promènent le week-end et qui voient leurs parents chacun son tour.

Même si c’est ma décision, ce n’est pas facile de quitter ma maison, mon travail et mes collègues dont plusieurs sont devenus des amis, de déraciner mes enfants d’où ils ont grandi, de partir dans une nouvelle ville avec même pas un emploi pour m’ancrer. J’ai eu tout un choc de réaliser que mon mari venait de me quitter par-dessus le marché.

C’est un grand saut dans le vide.

Devant la situation, mon directeur m’a offert de rester. De sous-louer mon apparte en ville, de louer rapidement quelque chose dans mon village et de sécuriser mon avenir. La solution plus facile sur un plateau d’argent. Il m’a donné la semaine pour y penser.

Je n’y ai pensé que quelques minutes en séchant mes larmes, entourée de mes précieuses collègues de travail. Je me suis dit que si je ne partais pas maintenant, j’abandonnerais aussi mes rêves, du moins ce qu’il en reste. Alors j’ai décidé de foncer et d’avoir confiance que tout serait pour le mieux.

« Laisse tes rêves changer ta réalité
Ne laisse pas ta réalité changer tes rêves. » (auteur inconnu)

Partir vite

J’ai toujours pensé qu’un grand changement dans la vie devait se faire de façon bien planifiée. Ça fait déjà 4 ans que j’avais des envies de partir vivre autre chose ailleurs. De l’Ile-du-Prince-Édouard à la Côte-Nord, à Rimouski, en passant par le Yukon et autres terres éloignées, j’en ai regardé des offres d’emploi au cours des dernières années. Chaque fois, mon mari me disait: « Let’s go now! » Mais je ne pouvais pas quitter mon emploi vite comme ça, vendre la maison et déraciner les enfants en deux semaines, sans préavis. Quand je dis que je ne pouvais pas, ce n’était pas que de façon logistique, mais aussi de façon morale. Dans mon système de valeurs, un grand changement, ça se prépare à l’avance, surtout quand on a des enfants à bousculer.

Alors voici qu’on s’y est pris 6 mois d’avance, à ma façon. On a vendu la maison en janvier pour un déménagement en juin. On a statué sur la destination, loué un appartement, inscrit à l’avance les enfants à l’école dans notre nouvelle ville, avec du temps pour que tout le monde puisse se faire à l’idée du départ.

La vie a donc le don de nous montrer qu’on n’a pas toujours raison. Depuis de nombreuses semaines déjà, ma plus jeune compte les jours qui restent avant la fin de l’année scolaire. Pas qu’elle a hâte que ça finisse, car elle adore l’école. Non, c’est plutôt un lent décompte de tristesse des jours qui restent avant de quitter ses amies, son milieu, et tout ce qu’elle connait. Dans ma carte de fête des mères, elle a même écrit, de sa belle calligraphie d’enfant de première année: « Maman, avec toi, je voudrais jamais, jamais, jamais aller vivre en Nouvelle-Zélande ». J’ai failli pleurer. On ne part pas pour la Nouvelle-Zélande, comme on y a bien pensé en vendant la maison, mais cette phrase traduit quand même pour moi toute la peine de mon enfant, peine qui semble grandir au fur et à mesure que le départ approche.

De mon côté, j’ai vécu des doutes, des revirements de sentiments, et même des avancées sur le plan de l’emploi, alors que j’avais décidé de partir en bonne partie à cause des mes frustrations professionnelles. Plusieurs fois par jour, je me suis demandé si on avait pris la bonne décision, et j’ai passé les six derniers mois à vivre ma vie comme si je n’avais déjà plus rien à faire ici, sans m’investir.

Encore 17 jours avant le départ. Il m’en aura fallu beaucoup plus pour apprendre qu’un changement bien planifié peut avoir ses revers.