L’importance d’être jolie

Hier, mes filles commençaient leur camp de gymnastique qui dure toute la semaine. Le niveau d’anxiété de ma plus jeune est déjà élevé, avec le spectre d’une rentrée dans une nouvelle école dans quelques semaines, un nouveau chez-soi, un nouveau quartier, une nouvelle vie, avec un fond d’émotivité d’avoir laissé tant d’êtres chers derrière elle. Bref, hier matin, toutes ces émotions sont sorties un peu tout croche, et ma belle cocotte ne voulait ni enlever son pyjama, ni déjeuner, et encore moins se brosser les dents et les cheveux pour aller à son camp. J’ai réussi à la faire monter dans la voiture de peine et de misère, et à 100 mètres de notre destination, elle a fondu en larmes, de gros sanglots lourds de toute son inquiétude. C’est une petite fille à l’allure peu invitante que j’ai laissée au centre sportif: cheveux en bataille, visage rougi par les larmes, air contrit. Je suis repartie dans ma voiture inquiète, me disant qu’elle venait de manquer sa chance de faire une bonne première impression.

Sa grande sœur, elle, avait compris l’importance de bien paraitre pour attirer de nouvelles amies: elle portait ses vêtements préférés, s’était fait une belle coiffure. Elle a tout de même vécu l’embarras lors de sa séance de gymnastique, lorsqu’elle a dû enfiler le vieux costume donné par sa cousine, usé à la corde et un peu démodé. « J’ai entendu des filles rire de moi. »

Après leur première journée, nous sommes donc allées dans une boutique spécialisée acheter de nouveaux costumes pour le lendemain, chose que j’aurais dû faire avant le début du camp (j’espérais secrètement que les enfants fassent de la gym en tenue ordinaire, mais j’étais dans l’illusion, car toutes les petites filles avaient de magnifiques costumes, comme j’aurais dû le savoir!) J’ai ajouté à la facture salée un accessoire à cheveux assorti pour ma plus jeune, ce qui a eu l’effet souhaité de la motiver à avoir une belle coiffure ce matin. J’ai reconduit pour leur deuxième journée deux petites filles souriantes et confiantes que tout se passerait bien, malgré les commentaires de mon ainée sur son petit bedon qu’elle trouvait un peu trop rond dans son nouveau vêtement: « Je suis grosse! »

Alors que je constate que ma plus vieille, qui n’a pas encore 10 ans, est déjà presque obsédée par son apparence physique, je m’inquiète tout autant pour ma plus jeune, chez qui une allure trop négligée reflète parfois un mal-être intérieur. Protéger l’une de l’obsession futile, protéger l’autre du rejet: c’est tout un défi pour une maman de bien doser ses mots et ses actions afin d’inculquer à ses filles de bonnes valeurs et une image de soi positive.

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